- Le refuge -

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C’est l’histoire d’un refuge, là haut dans la montagne.

1907. Imaginez, c’était il y a plus d’un siècle. Le refuge de Tré-la-Tête accueillait ses premiers visiteurs. Sa riche, très riche, histoire venait de commencer.

La montagne était alors une terre d’agriculteurs. Les Contamines-Montjoie n’était pas une exception.

Mais non loin il y avait Chamonix. Le Mont-Blanc. Le début du XXe siècle – et depuis quelques décennies déjà – marquait la période des grandes conquêtes alpines. Conquêtes. Ce terme fait grincer bien des dents aujourd’hui. Mais c’était de cette manière que certains locaux, que nombre de touristes aisés venus des grandes villes de France et de l’étranger, concevaient leurs tentatives vers les sommets. Accompagnés de guides locaux ou provenant des vallées suisses, ils posaient les premières pierres du tourisme en montagne. En plus de signer de leurs noms – aujourd’hui célèbres – les routes d’altitude.

La montagne cristallise les attentions. Et les enfants du pays commencent à entrevoir la possibilité de gagner leur vie autrement. Chamonix, Saint-Gervais ont su depuis quelques temps déjà exploiter les incroyables attraits de leur environnement. Les habitants des Contamines rêvent eux aussi à des jours meilleurs.

Alors avec les débuts effectifs du tourisme de séjour dans la région, le premier hôtel des Contamines sort de terre. L’hôtel de l’Union. Suivi de près par le premier refuge d’altitude des environs. Votre hôte, le refuge de Tré-la-Tête.

Les premiers gardiens

Si l’idée de ses premiers gardiens et propriétaires – Joseph et François Barbier – est bien sûr d’offrir un camp de base aux alpinistes – Whymper ou Coolidge pour les plus célèbres – à la découverte du massif de Tré-la-Tête, leurs ambitions ne s’arrêtent pas là.

« Il y avait déjà une cabane qui servait d’abri précaire aux grimpeurs. L’idée était clairement d’en faire un hôtel d’altitude ». Firmin Mollard est guide aux Contamines. Il est un des anciens, de ceux qui ont connu le refuge depuis les années 60. De ceux qui connaissent son histoire. Il témoigne. « Tré-la-Tête a très vite proposé à ses visiteurs un confort bien meilleur que la plupart des refuges. C’est aussi ce qui a fait sa réputation. »

Un grand nom au refuge

Un nom célèbre vient s’ajouter à ce qui est déjà le refuge référence du Val Montjoie. Celui d’un guide, d’un skieur de haut niveau, d’un voyageur, mais aussi d’un maquignon. Celui d’une figure tutélaire de la région. Celui de Léon Orset.

Il rachète le refuge aux frères Barbier et inscrit ses propres lettres de noblesse à la légende de Tré-la-Tête.

Léon Orset changera la face du refuge. Par les travaux qu’il entreprendra. Mais surtout par l’aura qu’il confèrera au lieu. Bien sûr il y a la guerre. Plus rien n’est vraiment pareil. Même ici, aussi loin dans le Val Montjoie, Il faut donc attendre les années 50 pour que le lieu retrouve son dynamisme.

Dans les années 50, le « Ski club alpin parisien » fait de Tré-la-Tête est un de ses points de chute de prédilection. Ils l’avaient choisi car ce massif – encore assez peu connu – recèle bien des trésors. Le glacier de Tré-la-Tête se parcourait déjà à skis.

Mais c’est au début des années 60 que tout va vraiment s’emballer. Les Contamines passent alors du statut de petit village alpin à celui de station touristique de montagne. L’or blanc fait ses pionniers. Les touristes commencent à se déplacer en nombre.

« Ness » Orset : la grande époque

C’est aussi le début de la grande époque au refuge de Tré-la-Tête. Léon cède sa propriété à son fils René « Ness » Orset et à sa femme Colette. « C’est très vite devenu un endroit incontournable dans la vallée. L’équivalent d’Albert 1er à Argentière. En plus rustique, s’il fallait le comparer. » Firmin Mollard était un de ces guides qui débarquaient avec leurs clients en fin d’après-midi. « On y était bien accueilli. La soupe était chaude et les couchages agréables. » Et l’histoire continue de s’écrire.

Elle prend cette fois une tournure plus cocasse, « l’ambiance là haut, c’était quelque chose », se souvient le guide. Des anecdotes, il en a des tonnes. « Une fois les clients dans les dortoirs, la vaisselle faite – les guides mettaient la main à la pâte – Ness sortait ses bouteilles de rouge. Et Colette servait un petit rab de farcement :

– Je vois bien que vous ne l’avez pas aimé cette dernière carafe, je vais vous en apporter du meilleur. » Ness savait être généreux. « Bien sûr c’était toujours le même vin, de la piquette… » Firmin en rigole encore.

Un personnage ce Ness, de l’avis de tous ceux qui l’ont côtoyé. Il se chargeait lui même de réveiller les guides, parfois en leur tordant les orteils : « Debout les guides, c’est tout clair dehors – quelque soit la météo – vous vous êtes couchés bien tard, les pantalons bougent encore. »

C’était ça Tré-la-Tête. « Il y avait de plus en plus de monde là haut. On y rencontrait aussi bien les gens du coin que des guides suisses et italiens. On partageait notre connaissance du terrain et on continuait d’apprendre. Pour nous, jeunes guides des Contamines, c’était une forme de reconnaissance. Nos montagnes attiraient des clients de l’Europe entière. »

Et l’histoire continue

Cet âge d’or a duré. Puis le refuge des Conscrits s’est modernisé, la clientèle s’est un peu dispersée. « Mais Tré-la-Tête restait Tré-la-Tête. Alors même si on y dormait plus aussi souvent, en montant dans les parages, on y passait toujours. » Ness a fini par prendre de l’âge et son neveu Roland Cuidet a pris le relais. Il a gardé le refuge dix ans, avant que votre hôte, Marielle, ne prenne le relais :

« On sent une vraie richesse entre ces murs épais. Trè-la-Tête respire la montagne. Les passions se croisent. Les uns partant vers les sommets. Les autres profitant d’une nuit ou seulement d’un moment dans ce cadre extraordinaire. Ici, certains guides entrent encore filer un coup de main en cuisine. Et puis rassurez vous, les soirées sont toujours riches en anecdotes. »

Les traditions sont sauves. Tout là haut, au refuge de Tré-la-Tête, une histoire continue de s’écrire.